Historique
Ch. 3 Pluri-Elles
Historique de la Rotonde
BENEDICTE DEVILLERS, DENISE VADET, KATHY TOMA
En avril, du 2 au 30, c'est l'arrivée à La Rotonde pour leur première exposition à Paris de Bénédicte et Denise, réunies dans une oeuvre indissociable alors que tout dans leur formation, leurs expériences de travail et d'artistes semblait les opposer. L'une s'est battue pour se former avec sérieux et application, à contre-courant des mots d'ordre en vigueur, l'autre s'est lancée avec l'énergie du désespoir dans une voie qu'elle n'avait ni prévue, ni préparée. Leur rencontre les a transformées. Elle nous concerne et nous change à notre tour.
Bénédicte et Denise offrent l'exemple rare de deux styles, de deux tempéraments, de deux générations opposées en tout point. L'une mord, l'autre sourit, l'une s'est coltiné la misère des prisons et des hôpitaux, l'autre s'est formée studieusement, sérieusement, avec application et ténacité. Tout les sépare, tout les apparie : attelage platonicien où chacune tirant de son côté provoque la résultante unique qu'aucune n'avait pressentie.
Au départ, deux forces opposées. Au terme de l'effort commun, un syncrétisme dont personne n'est en droit de rapporter ce qui est à l'une, ce qui est à l'autre. Tout ce que l'on peut avancer, c'est qu'à l'origine de leur oeuvre il y a des idées qui sont débattues entre elles, puis fixées d'un commun accord. Puis, peut-être que Denise qu'on se représente plus explosive, plus massive, se lance dans des esquisses hardies, hard. Le duel commence . Bénédicte apporte son métier, sa méticulosité, ses couleurs. Le combat se poursuit : une fois encore l'on devine ces deux artistes, têtues, obstinées, chacune dans son registre. Assauts d'un côté, esquives de l'autre : même volonté d'atteindre le but par des voies différentes.
Les thèmes. La maternité, les enfants, le rôle premier de la femme dans toute création. Les thèmes quotidiens s'élèvent au rang de mythe : la mère nourricière, le père lointain, la nature, la culture, l'amour, l'aventure. Et le travail : sous tous ses aspects, synthétisé dans sa nature complexe, à la fois utile et déshumanisant. Le robot est là, il devient moi si le travail se réduit à des tâches mécaniques sans joie et sans amour. L'utopie tue les mythes du bonheur si l'on n'y prend garde !
L'oeuvre de Bénédicte et Denise résulte de cette malicieuse complicité qui enchante tout autant l'intelligence que la sensibilité.
Vox populi
C'est vous le directeur de l'agence ? Enfin le directeur de ça? Avec vous, plus besoin d'aller au Musée. En plus c'est gratuit.
Ca tourne tout le temps. Vous changez de peintre tous les mois ? Ou que ça file tout ça alors ? Vous revendez à des marchands ?
Vous faites payer les artistes ? Vous louez votre espace, . Non. Ils paient l'emplacement? Non ? Alors vous prenez quelque chose sur les ventes ! Mais Quand vous vendez rien ? Vous ne prenez rien ? Bizarre.
Ils sont Antillais vos peintres, ils peignent des villages et des paysages antillais… Ah ? Ils sont havrais ? Havraises, même, ah bon ! Oui mais de quelle nationalité ? « Bénédictédenise » c’est de quel pays ce nom-là ?
Excusez-moi, c’est mon fils qui veut voir les tableaux, il a trois ans, la peinture le fascine. J’ai beau l’en empêcher, chaque fois qu’on passe ici, il m’oblige à rentrer. Il fait pareil avec sa mère. Mais avec elle, c’est plus facile pour lui : ma femme aime cette peinture, pas moi.
(Message téléphonique d’un artiste précédemment exposé sans succès commercial)
« Depuis que j’ai repris mes œuvres, tous ceux qui sont venus voir l’expo à la galerie, viennent chez moi… Ca repart ! Envoie-moi la liste des prix que je t’avais donnée pour la galerie, parce que je ne m’y retrouve plus dans mes tarifs… »
Apparemment, les visiteurs de la galerie, eux, ont bien noté les prix des pièces qui les intéressent, afin de mieux négocier avec l’artiste.
IDENTITES PLURI-ELLES
Dans ses photographies, KATHY TOMA, sur le thème de l'androgyne, revendique une ouverture à l'être humain dans sa complexité, à la fois active et passive, positive et négative, constructive et destructive. A côté de l’ambiguïté homme/femme, c'est aussi le couple ange/démon qui affleure et s'affronte dans son oeuvre.
Avec les peintures de Bénédicte Devillers c'est l'amante et la mère qui sont glorifiées, Eve fécondante et nourricière ressourcée en Vénus callipyge.
Les Mariées et Naufrage de Denise Vadet illustrent la vision de cette artiste qui relègue le principe mâle au rôle d'accessoire, d'adjuvant de matriarches dévorantes. Une Denise inédite, de plus en plus déjantée, dans la lignée de Daumier et de Dubout réunis, caricature ses Frédégonde et Brunehilde, sorcières, ogresses de tous poils, dont les appétits en tous genres, conduisent à tous les naufrages.